Permettez-moi d’écrire à chaud, comme il faut savoir le faire dans les moments politiques importants. Nous sommes au lendemain du premier tour des législatives anticipées du 30 juin 2024. Le Rassemblement National et ses alliés (incluant les députés Reconquête ralliés en cours de campagne) sont arrivés largement en tête avec 33,1 % des voix au niveau national. Le Nouveau Front Populaire arrive deuxième à 28,1 %. Le camp Ensemble est troisième à 20,8 %. Dimanche prochain, le 7 juillet, le second tour décidera de la composition de la prochaine Assemblée. Le RN peut, mathématiquement, obtenir la majorité absolue à 289 sièges. Il peut aussi être tenu en échec par les retraits du front républicain qui se mettent en place ce 1er juillet en fin de matinée. Personne, ce soir, ne sait quel scénario va l’emporter.
Quel que soit le résultat de dimanche, le pays change. Le RN, qui était une force d’opposition, devient une force de gouvernement potentielle. C’est un seuil. Et au seuil d’un changement aussi important, il est urgent — vital, même — de poser correctement la question : quel RN ?
Parce que le RN qui s’apprête à entrer à Matignon avec Jordan Bardella comme premier ministre n’est pas le même parti que celui qui s’appelait Front National en 1972. Ce n’est pas le même parti que celui qui s’appelait FN en 2002. Ce n’est même pas le même parti qu’en 2017. Le RN de 2024 a connu, en réalité, une métamorphose stratégique majeure qui n’a presque pas été commentée, et qui pourtant change tout le sens du vote qu’on s’apprête à faire dimanche. Je vais essayer de poser cette métamorphose en termes précis.
Le souverainisme historique du FN-RN
Reprenons. Le Front National, fondé en 1972, a été pendant des décennies un parti souverainiste. Souverainiste au sens strict du terme : qui refuse l’alignement de la France sur des puissances étrangères, qui défend une politique extérieure indépendante, qui considère que les décisions stratégiques nationales appartiennent au peuple français et à lui seul. Cette doctrine était portée par Jean-Marie Le Pen avec une cohérence remarquable. Sur l’OTAN : opposition. Sur l’intégration européenne : opposition. Sur l’alignement américain : opposition. Sur Israël et le conflit israélo-palestinien : position critique récurrente envers la politique israélienne, parfois ambiguë, parfois indéfendable, mais en aucun cas une posture d’alignement.
Sous Marine Le Pen, à partir de son accession à la présidence du parti en 2011, la ligne commence à bouger, mais lentement, et au début dans le seul registre de la dédiabolisation interne — exclusion du père en 2015, rupture avec l’antisémitisme historique du mouvement, recadrage symbolique. Sur la politique extérieure proprement dite, le RN de 2012-2017 reste à peu près sur sa ligne souverainiste : sortie de l’OTAN intégrée, sortie de l’euro initialement, distance vis-à-vis de Washington, rapprochement assumé avec la Russie de Poutine. Sur Israël, la position reste ambiguë : critique modérée du gouvernement Netanyahu, hostilité à l’immigration musulmane en parallèle, refus de prendre parti dans le conflit. Ce n’est pas brillant, mais ce n’est pas un alignement.
C’est à partir de 2017-2018 que le glissement commence sérieusement. Pour des raisons internes (besoin de respectabilité), pour des raisons stratégiques (positionnement contre l’islamisme), et pour des raisons opportunistes (alliance avec les soutiens d’Israël dans la sphère médiatique française, notamment CNEWS qui monte en puissance), le RN amorce un virage : de critique distante d’Israël à soutien constant à Israël, avec une accélération brutale à partir de 2023, après le 7 octobre.
En 2024, le virage est complet. Le RN de Bardella et Le Pen ne se contente pas de soutenir le droit d’Israël à se défendre — position que la quasi-totalité des partis français adopte. Il défend activement et systématiquement l’agenda du gouvernement Netanyahu, ses choix opérationnels à Gaza, sa politique d’extension en Cisjordanie, son refus de toute solution à deux États, son alignement avec l’aile la plus dure du Likoud et avec les ministres d’extrême droite israélienne (Ben Gvir, Smotrich). Cette défense est plus active que celle de plusieurs partis du gouvernement israélien actuel lui-même. Et cette défense n’est pas, dans la grammaire du parti, une question annexe — c’est devenu, ces deux dernières années, un marqueur identitaire central. Vous voulez tester un cadre RN aujourd’hui ? Posez-lui la question de Gaza. La réponse arrivera, calibrée, sans hésitation, parfaitement alignée. Vous voulez tester un cadre RN historique sur l’OTAN ? La réponse est devenue floue. La hiérarchie a basculé.
Ce que ce basculement veut dire
Posons les choses clairement. Un parti qui se prétend souverainiste et qui aligne systématiquement sa politique étrangère sur les positions d’une puissance étrangère — quelle qu’elle soit — n’est plus souverainiste. C’est une contradiction logique. Si vous êtes vraiment souverainiste, vous défendez les intérêts de la France et seulement les intérêts de la France. Vous ne prenez pas parti pour le gouvernement Likoud + Otzma Yehudit + Sionisme religieux comme s’il s’agissait du vôtre. Vous regardez la situation avec les yeux français : que veut la France ? Que peut la France ? Qu’est-ce qui sert les intérêts français — économiques, diplomatiques, sécuritaires, civils — dans cette région ? Et à partir de cette analyse, vous prenez une position française. Pas une position alignée.
Or que dit la position française sérieuse sur le conflit israélo-palestinien ? Elle dit, depuis les positions Mitterrand et Chirac, en gros : la France soutient le droit d’Israël à exister et à se défendre, la France soutient le droit des Palestiniens à un État, la France condamne les attaques terroristes y compris du 7 octobre 2023 commis par le Hamas, la France condamne aussi les violations massives du droit international humanitaire commises à Gaza par l’armée israélienne depuis octobre 2023, la France refuse l’annexion des territoires occupés, la France appelle à un cessez-le-feu durable et à une solution politique négociée. C’est une position d’équilibre. Elle n’est pas parfaite. Mais elle est française. Elle est posée. Elle est défendable.
La position du RN de 2024 est totalement différente. Elle aligne le discours du parti sur les éléments de langage du gouvernement Netanyahu, parfois mot pour mot. Elle dénie ou minimise systématiquement les massacres civils à Gaza. Elle insulte les pays qui reconnaissent un État palestinien. Elle attaque les institutions internationales (CPI, CIJ) qui poursuivent ou enquêtent sur des dirigeants israéliens. Elle reprend, parfois à la lettre, le vocabulaire de la propagande d’État israélienne sur les bandits du Hamas, les boucliers humains, les zones de combat acceptables. Cette position n’est plus une position française. C’est une position franco-israélienne, dans laquelle le franco a tellement perdu de poids que c’est essentiellement de l’israélien parlé en français.
Et le plus singulier, c’est que cette position est défendue avec passion par des cadres du parti qui, par ailleurs, refusent toute immigration depuis les pays du Maghreb au prétexte que ces immigrations menaceraient l’identité française. Mais une politique étrangère intégralement alignée sur une puissance étrangère, elle, ne menacerait pas l’identité française ? Cette incohérence saute aux yeux. Elle saute si peu aux yeux des électeurs du RN, en revanche, qu’on est obligé de se poser la question : que se passe-t-il dans la machine cognitive du parti et de ses sympathisants pour qu’une telle contradiction soit invisible ?
L’effet CNEWS et la coalition de fait
Une partie de la réponse est connue. Elle s’appelle CNEWS. La chaîne du groupe Bolloré, lancée comme i>Télé en 1999 et rebaptisée CNEWS en 2017, est devenue depuis 2020 la première chaîne d’information de France. Audience hégémonique sur les sujets politiques. Présence quotidienne des cadres RN sur ses plateaux. Et — point absolument décisif — alignement éditorial très précis sur les positions du gouvernement Netanyahu. Cyril Hanouna, Pascal Praud, Christine Kelly, Yves Calvi, Pascal Guélin, Charlotte d’Ornellas, Jean Messiha (en transition), Eugénie Bastié, Mathieu Bock-Côté, et la quasi-totalité des chroniqueurs réguliers tiennent une ligne pro-Netanyahu de manière coordonnée et constante. Ce n’est pas un complot, c’est un fait éditorial documenté.
Cette coalition entre CNEWS et le RN n’est pas formelle, mais elle est opérationnelle. CNEWS donne au RN une visibilité massive, légitimante, normalisante. Le RN, en retour, épouse intégralement la ligne géopolitique de CNEWS sur les sujets que la chaîne traite avec le plus d’investissement — Israël, Palestine, islam politique, immigration, insécurité. Il y a là un intérêt mutuel qui fait que la doctrine RN, en 2024, n’est plus auto-écrite par le parti. Elle est, sur les sujets de politique extérieure et identitaires, écrite en boucle entre CNEWS et le RN, chacun renforçant l’autre.
Cette coalition de fait est, à mon sens, le fait politique majeur du moment dont presque personne ne parle. Le glissement du RN n’est pas un retournement spontané. C’est le produit d’une écologie médiatique construite, financée, structurée, qui a fait basculer le marqueur identitaire du parti. Sans CNEWS, il n’y a pas de RN aligné sur Netanyahu — il y a un RN classique, ambivalent sur Israël, plus proche de sa ligne historique. Avec CNEWS et son investissement massif dans la diffusion d’une grille pro-israélienne dans le public français — la chaîne diffuse en continu, c’est trente à quarante mille heures de contenu par an, dont une part substantielle est consacrée à ces sujets —, le RN s’est adossé à un narratif clé en main qui lui évite d’avoir à réfléchir lui-même.
Ce n’est pas un complot — je l’écris explicitement pour qu’on ne me caricature pas. C’est une convergence d’intérêts économiques, médiatiques et politiques, parfaitement documentable, qui produit le résultat qu’elle produit : un parti qui se prétend souverain est devenu, en réalité, un satellite éditorial d’une puissance étrangère par procuration d’un groupe médiatique français. Cette analyse est mienne. Elle est tranchante. Je l’assume.
La conséquence : un vote piégé
Quel est l’effet pratique pour l’électeur RN ?
L’électeur RN historique pensait voter, en 2024, pour un parti souverainiste. Il pensait voter contre l’OTAN, contre l’Union européenne, contre les alignements étrangers, pour une France indépendante, pour un cap français autonome dans le monde multipolaire. Il pensait voter — pour ceux qui en avaient gardé la mémoire — dans la continuité de Jean-Marie Le Pen sur la politique étrangère, mais avec une respectabilité retrouvée.
Or l’électeur RN de 2024 vote, en pratique, pour un parti qui ne défend plus aucune de ces positions de manière prioritaire. Sur l’OTAN, position devenue tiède. Sur l’Union européenne, position devenue conciliante (Marine Le Pen a renoncé à la sortie de l’euro). Sur les alignements étrangers, alignement massif sur l’agenda Netanyahu. Sur la France indépendante, contradiction béante entre la rhétorique nationale interne (anti-immigration) et la dépendance externe à un narratif géopolitique étranger.
Cet électeur a été piégé. Pas trompé au sens du mensonge — le RN n’a pas formellement caché son glissement, qui s’est fait sous les yeux de tous. Mais piégé au sens politique : on lui vend un parti qui n’existe plus comme tel. L’enveloppe est restée souverainiste. Le contenu est devenu autre chose.
Et le 7 juillet, cet électeur pourrait porter à Matignon un premier ministre — Jordan Bardella, 28 ans, militant depuis quinze ans dans une seule machine politique, sans expérience exécutive aucune — dont la première priorité internationale, dans les six premiers mois, sera probablement un déplacement à Jérusalem pour réaffirmer le soutien français à la politique israélienne, plus appuyé encore que ne le fait Macron. L’électeur qui croyait voter contre l’alignement va se retrouver avec un président du conseil aligné. La séquence sera amère pour beaucoup. Elle commence dimanche, peut-être.
Le tabou que personne ne dit
Je veux écrire une chose qui sera mal comprise mais qu’il faut écrire. Une partie du succès du RN repose, paradoxalement, sur la neutralisation d’une autre partie de l’électorat qui aurait pu lui faire concurrence : les Français issus de l’immigration maghrébine et africaine, dont une fraction non négligeable est conservatrice, attachée à la famille, hostile au wokisme, pro-ordre, anti-criminalité — c’est-à-dire portrait sociologique très exactement compatible avec un certain RN historique. Sauf que cette fraction ne peut pas voter pour le RN de 2024. Parce que le RN de 2024 cumule (a) une hostilité ouverte à leur communauté d’origine, (b) une défense systématique d’Israël qui les heurte profondément dans le contexte palestinien, et (c) une vision de la France qui ne les inclut explicitement pas.
Cette neutralisation est structurelle. Elle a un coût électoral pour le RN — qui ne peut pas dépasser une certaine fraction du corps électoral tant qu’il s’aliène mécaniquement plusieurs millions de Français de confession ou de culture musulmane. Et elle a un coût stratégique pour la République — qui voit se perpétuer une fracture identitaire-électorale qui ne devrait pas exister. Si vous êtes Français, si vous êtes conservateur, si vous êtes attaché à l’ordre, à la famille, à la transmission, à la patrie, vous devriez pouvoir trouver une famille politique. Aujourd’hui, si vous êtes de confession musulmane et conservateur, vous n’avez pas de famille politique. C’est une anomalie démocratique majeure. Elle ouvre, à terme, un espace politique gigantesque que quelqu’un occupera. Ce ne sera ni le RN, ni LFI, ni LR, ni Renaissance. Ce sera une autre proposition.
Conséquences à plus long terme pour la France
Que se passe-t-il, à un horizon de cinq à dix ans, si le RN devient durablement la première force politique française tout en étant aligné sur l’agenda Netanyahu ?
Premier effet : la France perd sa capacité d’arbitrage international sur le conflit israélo-palestinien. Elle cesse d’être une voix indépendante capable de peser sur les acteurs régionaux. Elle devient, du point de vue de Riyad, du Caire, d’Amman, de Tunis, d’Alger, de Rabat, une voix similaire à celle des États-Unis — c’est-à-dire une voix qui n’est plus écoutée comme arbitre, mais comme camp. Cette perte de capacité d’arbitrage est gigantesque, parce qu’elle annule un siècle de positionnement diplomatique français au Moyen-Orient.
Deuxième effet : les communautés françaises issues du Maghreb et d’Afrique se sentent répudiées du pacte national. Le sentiment d’appartenance à la France, fragile et précieux, se dégrade. Les jeunes issus de ces communautés se tournent vers d’autres récits — religieux, communautaires, identitaires concurrents. Le coût social est immense, sur deux générations.
Troisième effet : l’image internationale de la France se transforme. Le pays des Lumières, le pays de la décolonisation tardive mais réelle, le pays qui a inventé Gaullisme et chiraquisme sur la scène internationale, devient un pays banalisé dans le jeu géopolitique occidental. Plus banal. Plus prévisible. Moins respecté. Moins influent.
Quatrième effet : les pays multipolaires ailleurs dans le monde — Brésil, Inde, Afrique du Sud, Indonésie, certains États du Golfe qui ont fait des choix politiques différents en s’éloignant des États-Unis ces dernières années — perçoivent une France qui choisit son camp dans le bloc occidental rigide. Cette perception ferme à la France beaucoup de portes qu’elle pouvait encore ouvrir. La diplomatie économique en pâtit. Les exportations en pâtissent. Les contrats stratégiques en pâtissent.
Cet ensemble de conséquences est invisible à court terme. Personne ne le verra dans les six premiers mois d’un gouvernement Bardella. Mais sur cinq à dix ans, le coût stratégique est immense. La France, en mettant le RN au pouvoir tel qu’il est aujourd’hui, signe son propre déclassement diplomatique. Et ce déclassement ne sera pas perçu comme une décision active — il sera perçu comme une évidence subie. C’est encore pire.
Trois pistes pour penser autre chose
Première piste : la France a besoin d’un vrai souverainisme
Le vrai souverainisme français du XXIe siècle ne ressemble ni au gaullisme nostalgique, ni au RN aligné. Il consiste à poser les intérêts de la France sur chaque sujet stratégique, à les hiérarchiser, à arbitrer en conséquence. Sur le conflit israélo-palestinien, le vrai intérêt français — économique, diplomatique, social interne — est une position d’équilibre actif qui permette à la France de parler à toutes les parties. Cette position existe depuis quarante ans, elle est techniquement défendable, elle est dans la tradition diplomatique française, elle est compatible avec un nationalisme français lucide. Mais elle n’est plus portée par aucun parti aujourd’hui. Elle devra l’être par une autre proposition.
Deuxième piste : reconstruire un récit national pluraliste
La France a besoin d’un récit qui inclue l’ensemble de ses citoyens. Y compris ses citoyens issus du Maghreb, d’Afrique, des outre-mer, du Levant, d’Asie. Y compris, je l’écris en clair, ses citoyens de confession musulmane qui sont des Français à part entière. Ce récit ne peut pas être porté par le RN de 2024, qui exclut structurellement une partie de la nation. Il ne peut pas être porté par LFI, qui exclut symétriquement les Français de souche par excès de gauchisme identitaire. Il ne peut être porté que par une autre proposition, transversale, qui parle calmement aux deux moitiés du pays.
Troisième piste : casser le verrou médiatique
Le pluralisme médiatique français de 2024 est faible. CNEWS a une position quasi-monopolistique sur l’information politique de droite et d’extrême droite. France Télévisions tient une position centriste-libérale fade. BFM TV est dans le bruit perpétuel. Quelques médias indépendants tiennent une ligne plus critique mais avec une audience marginale. Cette concentration médiatique est une vulnérabilité démocratique majeure. Une politique publique sérieuse devrait, à terme, renforcer le pluralisme effectif — par des aides spécifiques aux médias indépendants, par une refonte de la loi de 1986 sur la liberté de communication, par des règles anti-concentration plus strictes, par un soutien public aux journalistes investigateurs. Aucun parti ne porte aujourd’hui cet agenda. Il faudra qu’il soit porté.
Conclusion : tenir entre deux tours
Nous sommes à six jours du second tour. Six jours pendant lesquels la France joue gros. Que faire, en tant qu’observateur, en tant que citoyen ?
D’abord : voter. Voter au second tour, quel que soit son choix, parce que l’abstention sera, dimanche, le pire des choix collectifs. La démocratie représentative française se joue en partie sur les législatives anticipées de juillet 2024.
Ensuite : voter en connaissance de cause. Pas pour un parti supposé. Pour un parti tel qu’il est. Le RN de 2024 n’est pas le RN de 2017 et encore moins le FN de 1986. C’est un parti aligné sur l’agenda d’une puissance étrangère par procuration d’une chaîne d’information française. Si c’est ce qu’on veut, on vote pour lui. Si ce n’est pas ce qu’on veut, on vote autrement. Sans naïveté dans un cas comme dans l’autre.
Enfin : préparer la suite. Quoi qu’il sorte de l’urne dimanche, la France aura besoin, dans les mois et années qui viennent, d’autre chose que les options actuellement sur la table. La présidentielle de 2027 se prépare maintenant, dans des conversations, des écrits, des engagements discrets, des rencontres. Cette préparation est vitale. Elle ne peut pas attendre. Le pays a besoin d’une troisième voie souverainiste authentique, qui dise la France d’abord sans pour autant aligner la France sur quiconque. Cette voie est techniquement possible. Politiquement possible. Démocratiquement possible. Elle reste à inventer, à porter, à structurer. Ce travail commence aujourd’hui. Il est plus urgent que jamais.
Lisez bien. Le souverainisme français mérite mieux que le RN de 2024. Il mérite d’être réinventé par d’autres voix, dans d’autres lieux, sur d’autres bases. La France attend cela. Elle l’attend depuis longtemps. Elle l’attendra peut-être encore quelques années. Mais elle ne l’attendra pas indéfiniment. À un moment, quelqu’un viendra dire calmement ce qui doit être dit. Quand ce moment viendra, beaucoup de Français — venus de tous horizons, de toutes religions, de toutes origines — seront prêts à reconnaître ce langage et à le porter. Je le sens. Je le sais. Je l’attends.
Bonne semaine, à toutes et tous. À dimanche.
Pour aller plus loin
- Résultats du premier tour des législatives 2024 — Ministère de l’Intérieur, 30 juin 2024
- Discours de Jordan Bardella, soirée électorale du 30 juin 2024
- Pascal Boniface — La géopolitique du conflit israélo-palestinien, IRIS, mises à jour 2023-2024
- Le Monde diplomatique — Couverture du conflit Israël-Gaza, octobre 2023 — juin 2024
- Cour pénale internationale — Communiqués sur les enquêtes 2024
- Cour internationale de Justice — Mesures conservatoires Afrique du Sud c. Israël, janvier 2024
- Rapport ARCOM 2024 sur la concentration médiatique en France
- Dominique Reynié — Études électorales sur l’évolution du vote RN, 2017-2024
Tribune écrite au lendemain du premier tour des législatives anticipées du 30 juin 2024, à la veille du second tour décisif du 7 juillet. Versée au corpus Coalition Nationale.
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