Tribune · 6 mai 2026

Reconquérir (vraiment!) le sol industriel français

Doctrine

La France a oublié comment fabriquer. C’est un constat froid, mesurable, têtu. En 1985, l’industrie pesait 22 % du PIB français ; en 2024, elle s’effondre à 10,2 %, le plus bas de tous les pays comparables d’Europe occidentale. La vague de désindustrialisation s’est faite par bouffées — 1992, 2002, 2008, 2015 — chacune emportant ses sites, ses savoir-faire, ses bassins de vie. Pendant ce temps, l’Allemagne maintient 22 %, l’Italie 17 %, et la Pologne, partie de moins haut, monte à 21 %. Le débat français a longtemps préféré la stigmatisation morale — « capitalisme prédateur », « mondialisation sauvage » — à l’analyse opérationnelle. La France ne souffre pas d’un excès de capitalisme : elle souffre d’un déficit d’outils.

Coalition Nationale propose un outil : les Zones Économiques Spéciales (ZES). Pas l’usine du XXe siècle. Pas la zone franche fiscale du XXIe. Un dispositif modulaire qui permet de concentrer sur 60 territoires français, d’ici 2040, les conditions matérielles, juridiques et humaines d’une production retrouvée — selon six typologies adaptées aux six missions distinctes que ce pays doit reconquérir.

Le constat que personne ne veut formuler

Quand un site Renault ferme à Choisy-le-Roi, on parle d’« évolution du secteur ». Quand 70 % des médicaments génériques consommés en France sont produits en Inde, en Chine ou au Bangladesh, on parle de « chaîne globalisée ». Quand le dernier four à acier électrique d’Île-de-France s’arrête en 2018, on parle de « transition ». Le vocabulaire euphémise une réalité brutale : la France a délégué sa capacité de production à des partenaires sur lesquels elle n’a plus prise.

Cette dépendance n’est pas neutre. Elle structure désormais la vie démocratique, sécuritaire et économique du pays. La crise sanitaire de 2020 a révélé que la France ne savait plus produire un masque chirurgical — un objet inventé en France, fabriqué en France pendant un siècle. La crise énergétique de 2022 a révélé qu’une partie significative de notre approvisionnement gazier dépendait de pays avec lesquels nous étions, simultanément, en confrontation diplomatique. La crise des semi-conducteurs de 2021 a révélé que l’industrie automobile française pouvait être paralysée par une décision prise à Taïwan ou à Séoul.

Trois décennies de désindustrialisation ne se rattrapent pas en trois ans. Mais elles peuvent être enrayées, méthodiquement, par des outils éprouvés ailleurs. Pas par décret. Pas par incantation. Par une politique territoriale d’implantation choisie.

La doctrine ZES — six typologies pour six missions

Les Zones Économiques Spéciales que propose Coalition Nationale ne sont pas une copie. Elles ne sont ni les Special Economic Zones polonaises, ni les SEZ indiennes, ni les Freeports britanniques, ni les Opportunity Zones américaines. Elles s’inspirent de chacune en réfutant l’erreur des autres.

Six typologies, identifiées par leur fonction, pas par leur fiscalité :

  • ZES-T (Technologique) — densifier la R&D autour des biotechs, du quantique, des semi-conducteurs, de la robotique de précision. Dix sites identifiés : Saclay, Grenoble-Crolles, Toulouse-Nano, Marseille-Luminy, Strasbourg-Bischheim, et cinq autres centres universitaires de rang mondial.
  • ZES-S (Souveraineté) — médicaments critiques, défense, énergie, alimentation stratégique. Production qui ne peut pas être délocalisée sans risque. Quinze sites visés, dont au moins un par grande région.
  • ZES-L (Logistique) — ports et hubs intermodaux. Le Havre, Marseille-Fos, Dunkerque ne peuvent pas continuer à être plus chers et plus lents que Rotterdam et Anvers. Six ports prioritaires.
  • ZES-F (Formation) — apprentissage industriel intensif, partenariats lycées-pros et entreprises locales avec engagement d’embauche. Une ZES-F par grande région d’industrie historique.
  • ZES-C (Culture & créativité) — production audiovisuelle, jeux vidéo, mode, gastronomie patrimoniale. Domaines où la France garde un avantage comparatif que la mondialisation n’a pas effacé. Huit sites.
  • ZES-R (Reconquête) — bassins frappés par la désindustrialisation des décennies 1990-2010. Aulnay, Florange, Lorient, Saint-Étienne, Belfort. Quinze sites pour reconnecter le travail à la dignité, au revenu, à la perspective.

Chaque typologie a son cahier des charges, ses incitations, ses conditions de sortie. Pas de « ZES » générique. Pas d’effet d’aubaine. Une zone qui ne tient pas ses engagements à 5 ans est déclassée. Aucune n’est éternelle.

Le panel international — quatre cas, une leçon

Coalition Nationale étudie quatre cas étrangers parce que la France ne doit jamais s’inspirer d’un seul modèle. Chaque modèle révèle un piège à éviter.

La Pologne a créé ses 14 Special Economic Zones en 1995, partie d’un PIB par habitant inférieur à celui de la Grèce. Trente ans plus tard, elle est l’atelier industriel de l’Europe centrale. La leçon polonaise est simple : la fiscalité seule ne fait rien. Ce qui a marché, c’est la combinaison d’avantages fiscaux modérés, d’investissements publics massifs en infrastructures, et d’un alignement absolu entre la formation locale et les besoins industriels. La Pologne ne propose pas des ZES, elle propose des écosystèmes.

L’Inde opère 280 SEZ — l’échelle est continentale. Le résultat est mitigé : certaines ont réussi (Bangalore IT, Hyderabad pharma), d’autres sont restées des coquilles vides parce qu’on les a multipliées sans discriminer. La leçon indienne est inverse : la prolifération sans critère stricts produit du gaspillage. Mieux vaut 60 ZES qui marchent que 200 qui peinent.

Le Royaume-Uni a relancé en 2021 le concept de Freeports — version moderne, post-Brexit, des zones franches portuaires. Douze sites, gouvernance locale renforcée, package fiscal modéré. Trois ans après leur lancement, les résultats sont mesurables : 40 000 emplois créés ou maintenus, 4,5 milliards £ d’investissement privé attiré. La leçon britannique : la simplicité administrative compte plus que la générosité fiscale.

Les États-Unis ont créé en 2017 les Opportunity Zones — 8 700 zones de revitalisation économique. Le bilan est ambigu : effet réel sur le foncier dégradé, effet douteux sur l’emploi local. La leçon américaine : un dispositif fiscal sans contrepartie d’embauche locale finance la spéculation, pas la production.

Quatre modèles, quatre erreurs à ne pas reproduire. La doctrine française ZES intègre ces quatre apprentissages dès sa conception.

Articulation avec le programme

Une ZES isolée ne sert à rien. Coalition Nationale propose trois articulations indispensables :

Avec les Zones de Revitalisation Territoriale (ZRT, mesure M27.5) — les ZES-R rural et les ZRT travaillent ensemble. La ZES installe un fabricant ; la ZRT prend en charge directement les coûts d’exploitation des commerces de proximité dans le bassin. Sans la seconde, la première est condamnée à l’effet île.

Avec le Service Abondé par la Communauté (SAP+, doctrine transversale) — le triangle salarié 30 €/h / ménage 10 €/h / fonds public 20 €/h transforme les services à la personne en métiers attractifs. C’est la condition pour que les bassins ZES retiennent leurs jeunes diplômés et leurs ouvriers qualifiés.

Avec le Fonds Souverain France (mesure M18.3) — le volet « souveraineté » du Fonds finance prioritairement les projets en ZES-S, garantissant que l’argent public va là où la dépendance externe est la plus dangereuse.

Trois mesures, un système cohérent. C’est cette cohérence qui distingue la doctrine ZES d’une simple addition d’incitations fiscales.

Le calendrier — treize ans, trois jalons

2027 — vote de la loi-cadre. Identification des 60 sites par appel à candidatures territoriales. Pas de désignation politique : un cahier des charges objectif, des critères mesurables, une commission indépendante.

2030 — 30 ZES opérationnelles. Premiers résultats consolidés : nombre d’emplois créés, montant des investissements privés attirés, balance commerciale de chaque bassin. Audit annuel public. Les ZES qui ne tiennent pas leurs engagements à 3 ans sont placées en redressement.

2040 — 60 ZES en régime de croisière. Cible : faire passer la part de l’industrie dans le PIB français de 10,2 % à 13 %. Coût budgétaire net estimé à 2,8 milliards € par an à régime — somme modeste rapportée aux 380 milliards € de déficit commercial industriel cumulé sur la décennie 2010-2020.

Une ambition mesurable

Coalition Nationale n’est pas un parti. Coalition Nationale est un programme — une grille d’action où chaque mesure a son chiffrage, son horizon, son indicateur de succès, et son mécanisme de sortie en cas d’échec. Les ZES sont l’illustration la plus claire de cette méthode : un objectif chiffré (60 sites), un calendrier ferme (2030 puis 2040), un budget transparent (2,8 Mds€/an), un panel international étudié (4 pays), des garde-fous explicites (déclassement à 5 ans).

Aucune autre formation politique française ne propose, à ce stade, un dispositif aussi structuré pour l’industrie. La France Insoumise plaide pour une politique industrielle nationale sans outils territoriaux concrets. Le Rassemblement National confond reconquête industrielle et fermeture commerciale. Renaissance défend des dispositifs (France 2030, baisse des impôts de production) qui n’ont pas eu de traduction massifiable hors quelques grands groupes. La France Humaniste reconnaît la nécessité mais reste à un niveau de discours.

La France a besoin d’une politique industrielle qui ait, simultanément, un nom, une carte, un budget, un calendrier, et des comptes à rendre. Les Zones Économiques Spéciales sont cette politique. Pas la seule. Mais celle qui peut, dès 2027, traduire l’intention en construction.

Cinq affirmations à retenir 1. La désindustrialisation française est documentée depuis 1985 ; aucun outil structurel n’a été déployé pour l’enrayer. 2. Les ZES françaises ne sont ni des zones franches fiscales ni des copies étrangères : six typologies pour six missions distinctes. 3. L’apprentissage des quatre panels internationaux étudiés permet d’éviter quatre erreurs : prolifération, fiscalité seule, complexité administrative, absence de contrepartie d’embauche. 4. L’articulation ZES — ZRT — SAP+ — Fonds Souverain est la condition de cohérence du dispositif. 5. Cible 60 ZES en 2040, soit 30 % de l’industrie française dans le PIB ; coût budgétaire net 2,8 Mds €/an, à comparer aux 38 Mds €/an de déficit industriel actuel.

Coalition Nationale — coalition-nationale.fr Tribune doctrinale, session 15 — 6 mai 2026

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