Bâtir un cloud souverain européen par un investissement public-privé de 10 Md€ sur cinq ans — 5 Md€ du Fonds souverain France et 5 Md€ coordonnés au niveau européen —, soutenir la consolidation des acteurs européens, et imposer l’hébergement des données stratégiques de l’État, des hôpitaux et des opérateurs vitaux sur une offre non soumise aux lois extraterritoriales à fin 2028.
Le marché européen du cloud computing est dominé à plus de 75 % par trois acteurs américains : Amazon Web Services (32 %), Microsoft Azure (24 %), Google Cloud Platform (11 %). Cette concentration expose les entreprises, administrations et hôpitaux européens à un triple risque documenté : (1) extraterritorialité du droit américain (CLOUD Act 2018 autorise les autorités US à accéder aux données hébergées par ces fournisseurs même hors USA), (2) dépendance technologique critique (services intégrés, coûts de migration prohibitifs après quelques années), (3) capture de valeur (chiffre d’affaires européen reversé aux États-Unis, peu de jobs et de R&D restant en Europe). Les acteurs européens (OVHcloud français, Scaleway, IONOS allemand, Bleu coentreprise Capgemini-Orange-Microsoft) sont fragmentés et sous-capitalisés face aux géants américains.
Coût et financement. 10 Md€ sur cinq ans, dont la moitié par la poche Innovation du Fonds souverain (M18.3) et la moitié par un projet européen commun, complétés par la commande publique captive, qui garantit un marché aux acteurs européens.
Calendrier. Projet européen lancé en 2027, obligation d’hébergement souverain des données stratégiques à fin 2028, offre européenne complète de services avancés en 2030.
Garde-fous. Qualification souveraine vérifiée par audit indépendant. Dérogations temporaires et motivées. Standards ouverts et interopérabilité imposés (M20.3), pour ne pas remplacer une dépendance américaine par une dépendance européenne.
L’objection et la réponse. L’objection est nourrie par l’échec : Gaia-X, lancé en 2019 pour bâtir un cloud européen, s’est enlisé dans la gouvernance et a fini par accueillir les géants américains qu’il devait concurrencer. Et les offres souveraines restent aujourd’hui moins riches en services que celles des leaders. Les deux constats sont exacts. La mesure en tire une leçon : Gaia-X produisait des normes sans marché, alors que les géants américains sont nés d’une commande publique garantie. L’obligation d’hébergement souverain crée ce marché. L’objection du coût demeure : l’offre européenne sera d’abord plus chère ou moins complète. C’est le prix d’une souveraineté que le règlement européen sur les données de 2023 a commencé à rendre possible.
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