Le constat
Le Français moyen a besoin de prouver son identité, son adresse, ses revenus, son statut professionnel ou son état civil dizaines de fois par an. Pour ouvrir un compte bancaire, signer un bail, accéder à un service public, prendre un rendez-vous médical, créer une entreprise, déclarer un changement de situation. Chaque démarche exige des justificatifs scannés, parfois originaux papier, parfois certifiés. La France Connect existe et progresse, mais ne couvre encore qu’une partie restreinte des cas d’usage et reste cantonné à l’authentification.
Cette friction administrative n’est pas anecdotique. Elle représente, pour l’économie Française, une perte de productivité estimée à plusieurs dizaines de milliards d’euros par an. Pour les citoyens en situation de fragilité (illettrisme numérique, handicap, grand âge), elle génère des renoncements aux droits massifs.
La piste
Coalition Nationale propose le déploiement d’une identité numérique universelle souveraine, valant pour tous les services publics et pour les services privés réglementés (banque, assurance, santé, location, signature de contrat). Elle remplace 80 à 90 % des justificatifs et des démarches d’authentification actuels.
Quatre principes structurants :
- Souveraineté : opérée par un acteur public, sans dépendance à un fournisseur étranger
- Inviolabilité : architecture cryptographique de bout en bout, audit indépendant annuel publié
- Minimisation : ne révèle que ce qui est strictement nécessaire à chaque interaction (preuve d’âge sans révéler la date de naissance complète, par exemple)
- Inclusion : version physique adossée (carte d’identité enrichie) pour les personnes éloignées du numérique, accompagnement humain garanti dans toutes les communes
La mise en œuvre
Phase 1 (2027-2028) : extension de France Identité avec ouverture aux usages privés réglementés. Phase 2 (2028-2030) : intégration progressive des grandes administrations sociales, fiscales et de santé. Phase 3 (2030-2032) : interopérabilité Européenne (eIDAS 2.0). Phase 4 (2033+) : remplacement progressif des justificatifs papier dans 90 % des cas d’usage.
Effet attendu : suppression de 80 % des justificatifs administratifs, création d’entreprise en moins de 24 heures, ouverture de compte bancaire en moins d’une heure, signature de bail en quelques minutes.
Les inspirations internationales
L’identité numérique universelle existe à grande échelle dans plusieurs juridictions. L’Estonie en est le pionnier Européen depuis le début des années 2000, avec une couverture quasi-totale des services publics et privés. L’Inde déploie depuis 2010 le système Aadhaar, qui touche aujourd’hui plus d’un milliard de personnes. Singapour a déployé SingPass, particulièrement avancé sur les usages privés. Plusieurs États du Golfe ont mis en place des identités numériques unifiées intégrant les services administratifs, bancaires et de santé. La Corée du Sud, Taiwan et certains pays nordiques (Finlande, Suède) opèrent des systèmes similaires depuis plus d’une décennie.
Aucun de ces systèmes n’est parfait, chacun a connu ses débats sur la vie privée, la cybersécurité ou l’inclusion. Mais tous démontrent une chose : à grande échelle, la productivité collective gagnée est massive, et les risques sont gérables avec un cadre juridique solide.
Les objections, les réponses
« Risque pour les libertés publiques. » C’est l’objection la plus sérieuse, et elle est légitime. La réponse passe par : (a) un cadre constitutionnel d’inviolabilité (révision proposée), (b) une autorité de contrôle indépendante au pouvoir d’enquête réel (cnil renforcée), (c) le principe de minimisation appliqué techniquement (zero-knowledge proofs lorsque possible), (d) une réversibilité totale (tout citoyen peut désactiver son identité numérique sans perdre ses droits).
« Exclusion numérique. » La carte d’identité physique reste un support actif et continue de valoir authentification. Un accompagnement humain est garanti dans chaque commune (rôle des Maisons France Services renforcé).
« On a déjà France Connect. » France Connect est un point d’entrée d’authentification, pas une identité numérique complète. Il faut passer de l’authentification à l’identité, c’est-à-dire à un référentiel unique et vérifiable d’attributs personnels (état civil, adresse, revenus, statut).
« Coût budgétaire. » Les expériences étrangères montrent un retour sur investissement positif en 4 à 6 ans, par les gains de productivité administrative et les économies de fraude.
Pour aller plus loin
Cette piste s’articule avec la mesure M1.6 (État plateforme) et avec l’ouverture du débat constitutionnel, l’inviolabilité de l’identité numérique pourrait faire l’objet d’un nouvel article constitutionnel.
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