Tribune · 21 juin 2026

La France doit redevenir une puissance médiatrice au Moyen-Orient, sortir des postures pour agir

Actualité

Cette semaine, les regards se sont tournés vers la Suisse, où se tiennent des pourparlers entre l’Iran et les États-Unis. Le contexte est connu : tensions au Liban, risques d’escalade régionale, et une guerre à Gaza qui s’éternise. Dans ce paysage géopolitique explosif, la France est-elle condamnée à n’être qu’un spectateur ? Les réactions des décideurs français oscillent entre indignation sélective et résignation. Certains ont proposé des marches symboliques, d’autres ont souligné l’urgence humanitaire, mais rares sont ceux qui ont esquissé une stratégie cohérente pour sortir de l’impasse. Pourtant, une voie existe : celle d’une diplomatie médiatrice, intransigeante sur le droit et audacieuse dans l’action.

Selon les observateurs, la France aurait « mis fin à 33 années de lutte et de souffrance » pour un ressortissant palestinien, comme si un geste humanitaire isolé pouvait tenir lieu de politique étrangère. D’autres ont pointé les « crises d’angoisse » liées aux tensions internationales, sans proposer de réponse structurante. Plus largement, le débat public s’est focalisé sur des mesures périphériques – comme un hypothétique « congé climatique » – ou sur des analyses géopolitiques désincarnées, comme celle évoquant la « recomposition du Moyen-Orient » six ans après les accords d’Abraham. Aucune de ces prises de position ne répond à la question centrale : comment la France peut-elle peser dans un conflit qui menace sa sécurité, ses intérêts et ses valeurs ?

Le projet Vision France 2050 du think tank coalition-nationale.fr propose une réponse claire : pratiquer une médiation française active, fondée sur le devoir de parler à toutes les parties, sans exception. Cette approche s’appuie sur un constat historique : la France a déjà joué ce rôle avec succès, que ce soit sous de Gaulle au Vietnam, sous Mitterrand lors de la reconnaissance des deux États israélien et palestinien, ou sous Chirac lors de la crise irakienne de 2003. Ces épisodes montrent que la crédibilité de la France repose sur quatre piliers : une voix autonome, une cohérence entre ses principes et ses actes, une capacité à dialoguer avec tous les acteurs, et une volonté de défendre le droit international sans deux poids deux mesures.

Concrètement, cette médiation active se déclinerait en six axes. D’abord, la France s’imposerait le devoir de maintenir des canaux de communication ouverts avec toutes les parties prenantes d’un conflit – Hamas et Autorité palestinienne, gouvernement israélien, Iran, pays du Golfe, Russie, Chine, ou encore les talibans afghans. Cette exigence n’est pas une faiblesse, mais une force : elle permet d’éviter les impasses diplomatiques et de créer des espaces de négociation là où d’autres se contentent de condamnations stériles. Ensuite, la France articulerait cette médiation avec une défense intransigeante du droit international, en soutenant sans réserve les enquêtes de la Cour pénale internationale (CPI) et de la Cour internationale de justice (CIJ), quel que soit le mis en cause. Cela signifie, par exemple, condamner les violations du droit humanitaire à Gaza et en Ukraine, sans hiérarchie entre les crises.

Cette double approche – médiation et intransigeance juridique – n’est pas une utopie. Elle est opérationnelle, comme le montrent les déclinaisons concrètes du projet. Par exemple, la France pourrait proposer un mécanisme de « corridors humanitaires sécurisés » au Moyen-Orient, en s’appuyant sur son réseau diplomatique et ses capacités militaires (cohérence avec la doctrine de défense du projet). Elle pourrait aussi conditionner ses partenariats économiques et militaires au respect du droit international, comme le prévoit la mesure sur la défense intransigeante du droit. Ces garde-fous garantissent que la médiation ne se transforme pas en complaisance, mais reste un outil au service de la paix et de la stabilité.

Les objections à cette approche sont connues : « La France n’a plus les moyens de peser », « Les États-Unis ou la Chine bloqueront toute initiative », « C’est trop risqué ». Pourtant, ces arguments ignorent une réalité : la France dispose encore d’atouts majeurs. Son siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, son réseau diplomatique parmi les plus étendus au monde, son soft power culturel et linguistique, et son expérience historique en matière de médiation en font un acteur incontournable. Le vrai risque n’est pas d’échouer, mais de ne pas essayer – et de laisser d’autres puissances, moins attachées au droit et à la stabilité, façonner l’ordre régional.

Enfin, cette stratégie s’inscrit dans une vision de long terme. Elle ne se limite pas à éteindre des incendies, mais vise à reconstruire un cadre de sécurité collective au Moyen-Orient. Cela passe, par exemple, par la reconnaissance d’un État palestinien viable (comme le prévoit le projet), ou par la création d’un « groupe de contact » européen pour relancer les négociations israélo-palestiniennes. Ces mesures ne sont pas des vœux pieux, mais des étapes concrètes, chiffrées et planifiées, avec des garde-fous pour éviter les dérives.

La France a le choix. Elle peut se contenter de commenter les crises depuis les tribunes, ou elle peut redevenir une puissance qui agit. Les négociations en Suisse montrent que le temps des postures est révolu : ce qui compte, c’est la capacité à proposer des solutions, à dialoguer avec tous, et à défendre un ordre international fondé sur le droit. C’est cette ambition que porte le projet Vision France 2050. Elle n’est pas une option, mais une nécessité – pour la France, pour le Moyen-Orient, et pour la paix.

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