Tribune · 25 octobre 2026

Violences politiques et attentat raciste, la réponse ne peut être ni l’indignation ni le slogan

Actualité

La semaine qui vient de s’écouler a été marquée par un enchaînement de violences qui nourrit, à juste titre, l’inquiétude. Des agressions imputées à l’ultra-droite en marge des manifestations du 24 octobre, avec des blessés graves. Une passivité policière dénoncée sur le terrain. Et, en toile de fond, l’attentat raciste de Trappes, dont l’onde de choc rappelle que la radicalisation violente n’est pas une abstraction.

Le traitement de cette séquence a surtout donné à voir deux registres. Le premier est celui de l’émotion et du constat. Le maire de Trappes, Ali Rabeh, a livré, dans un entretien à Libération, une parole de dignité après l’attentat, interrogeant notamment ce que devient une société où l’on en vient à présenter ses condoléances à des familles endeuillées par la haine. Le second registre est celui de la lecture sociologique. Plusieurs analyses, dont celle de la politologue Donatella della Porta reprise par le même quotidien, ont souligné que la réponse répressive des autorités peut, dans certains contextes, renforcer la contestation plutôt que l’apaiser. Du côté de l’exécutif, le ministère de l’Intérieur a indiqué, selon Libération, que «plusieurs enquêtes ont été ouvertes», sans préciser ni le détail ni le nombre de manifestants blessés.

Chacune de ces positions a sa part de vérité. L’émotion est légitime, la mise en garde contre la surenchère répressive aveugle est utile. Mais aucune ne constitue une réponse. Une enquête ouverte n’est pas une politique. Une lecture sociologique n’est pas un dispositif. Et l’indignation, aussi sincère soit-elle, ne tient pas une rue. Ce que la semaine révèle, c’est le vide opérationnel au milieu duquel se déploie un débat tantôt incantatoire, tantôt résigné.

Le projet Vision France 2050 du think tank coalition-nationale.fr part d’un principe simple : on ne protège pas des citoyens avec des communiqués. La violence politique, qu’elle vienne d’un bord ou d’un autre, et la radicalisation qui débouche sur un attentat relèvent d’abord d’une chaîne pénale crédible et d’une présence tenue sur le terrain. Or c’est précisément cette chaîne qui est aujourd’hui défaillante.

Premier point : la récidive. Les chiffres sont têtus. Près de 60% des condamnés pour violences graves récidivent dans les cinq ans, et ce taux monte à 75% pour les vols avec violence. Cette récidive est entretenue par un écart structurel entre peine prononcée et peine réellement exécutée. C’est pourquoi le projet propose d’appliquer la tolérance zéro pour les récidivistes de violences graves, en conditionnant les remises de peine à des éléments objectifs documentés, évalués par une commission et motivés par écrit. Non pas une rhétorique de fermeté, mais une procédure. Dans le même esprit, le projet propose d’instaurer des peines planchers pour les récidivistes et de garantir l’effectivité de l’exécution des peines, avec un seuil incompressible sauf décision motivée du juge, mécanisme inspiré du dispositif en vigueur de 2007 à 2014 et évalué par les magistrats eux-mêmes.

La force de cette approche tient dans sa faisabilité chiffrée. La déclinaison opérationnelle, celle d’une «zéro tolérance pragmatique», est bornée : un coût de 2 milliards d’euros sur cinq ans, un horizon 2027-2032, et surtout des garde-fous explicites. Interdiction du profilage racial ou social, obligation de motiver chaque interpellation, audit indépendant trimestriel, recours public via une plateforme dédiée. C’est précisément la réponse à l’objection sociologique entendue cette semaine : la fermeté n’a de légitimité que si elle est encadrée, contrôlée, et contestable. Une répression sans garde-fou nourrit la défiance. Une répression auditée et motivée la désamorce.

Deuxième point : la présence sur le terrain, là où la passivité policière a été dénoncée. Le projet propose un plan national de présence humaine de proximité, avec 80000 à 160000 agents de sécurité civile et de médiation déployés dans l’espace public, en complément des forces régaliennes. Non pour militariser la rue, mais pour qu’il y ait, entre l’absence et l’intervention de la force, un maillage humain capable de prévenir, de désescalader, d’alerter. L’absence d’adultes dans l’espace public est un terreau pour toutes les violences.

Troisième point : la durée. Les opérations ponctuelles produisent des effets éphémères. C’est le sens de la reconquête républicaine des territoires par un continuum de sécurité coordonné, articulant État, police municipale et retour simultané des services publics. Parce que la sécurité sans services publics se réoccupe, et que les services publics sans sécurité se vident.

Ce qui distingue cette approche, ce n’est pas un surcroît d’autorité affichée, c’est la précision. Là où le débat offre des indignations, des mises en garde ou des communiqués laconiques, le projet propose des mécanismes, des coûts, un calendrier et des contre-pouvoirs. La fermeté sans garde-fou devient arbitraire. L’émotion sans dispositif devient impuissance. Entre les deux, il existe une troisième voie, exigeante et vérifiable.

Protéger les citoyens contre la violence politique et la haine raciste n’est pas un sujet de posture. C’est une obligation régalienne, qui se mesure à l’exécution réelle des peines, à la présence tenue dans la durée, et à la transparence du contrôle démocratique. La France n’a pas à choisir entre la rue abandonnée et la rue surveillée sans limites. Elle peut se doter d’une sécurité à la fois effective et redevable. C’est là que se joue, concrètement, la confiance d’un peuple dans son État.

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