La semaine a été marquée par des scènes que personne ne souhaite revoir. En marge de la mobilisation du 17 octobre, des pillages et des dégradations ont frappé des centres-villes, avec des dégâts chiffrés en centaines de millions d’euros. Les premières victimes ne sont pas des multinationales mais des petits commerces et des Très Petites Entreprises. Dans Le Parisien, un commerçant de Montpellier résume cinq générations de travail en une phrase, « cette boutique, voyez-vous, c’est toute ma vie, celle de ma famille depuis cinq générations ». Dans Le Point, un autre lâche, « c’est dégueulasse d’avoir fait ça ». Derrière ces mots, une détresse et un sentiment d’abandon.
Le débat politique s’est aussitôt saisi du sujet, mais surtout sous l’angle de l’ordre public et de la responsabilité. Le maire de Nancy a jugé qu’« il est inadmissible de tolérer de telles scènes ». Sur Le Parisien, Jean-Luc Mélenchon a estimé qu’« il aura fallu toutes ces violences pour que l’on entende Emmanuel Macron » et a dénoncé « la méthode du pourrissement ». Dans Le Point, le président du Parti radical de gauche Guillaume Lacroix a fustigé « une forme d’irresponsabilité collective » et parlé de « pulsions de mort ». Chacun de ces constats a sa part de vérité. Mais tous partagent une limite, ils parlent de la cause du désordre, presque jamais de la réparation concrète pour l’entrepreneur dont la vitrine est à terre.
C’est précisément là que le débat reste incantatoire. Condamner les casseurs est nécessaire, cela ne remet pas un rideau de fer debout ni une trésorerie à flot. Or l’indignation ne tient pas lieu de politique économique. Une TPE qui subit un pillage découvre brutalement ce que des millions d’indépendants vivent chaque année en silence, la France protège mal ceux qui créent l’activité.
Le constat est documenté. Les TPE représentent 96% des entreprises françaises et environ 2500000 emplois directs, mais elles sont structurellement fragiles, 50% disparaissent avant cinq ans selon l’INSEE, principalement par sous-capitalisation. Et quand l’activité s’effondre, le dirigeant découvre qu’il n’est presque pas couvert, l’allocation des travailleurs indépendants plafonne autour de 800 euros pendant six mois et rejette 86% des demandes. Un pillage n’est alors que la version brutale et spectaculaire d’une fragilité permanente.
Le projet Vision France 2050 du think tank coalition-nationale.fr répond à cette fragilité par des mécanismes structurels, pas par des aides ponctuelles. Premier levier, une véritable filet de sécurité pour ceux qui travaillent à leur compte. La Garantie entrepreneur propose un socle universel versant l’équivalent du SMIC net pendant douze mois en cas de cessation d’activité objectivée, doublé d’une garantie complémentaire volontaire allant jusqu’à 70% du revenu pendant vingt-quatre mois. La cessation serait constatée par un tiers de confiance, sans procédure judiciaire obligatoire, avec contrôle des cessations fictives. Face à un système actuel qui indemnise quelques centaines de personnes là où 29300 étaient promises, c’est le passage d’un dispositif symbolique à une architecture opérationnelle, calibrée par étude d’impact et déployable sur 2027-2032.
Deuxième levier, redonner de l’oxygène aux jeunes entreprises avant qu’elles ne cèdent au premier choc. La suppression de l’impôt sur les sociétés pour les TPE de moins de 10 salariés pendant leurs cinq premières années attaque directement la cause de la mortalité précoce, la sous-capitalisation. Mécanisme automatique, sans formalité, avec basculement progressif vers le régime normal au-delà du seuil pour éviter l’effet falaise. Une TPE qui garde son résultat dans les années décisives est une TPE qui survit à un sinistre, à une baisse de fréquentation ou à un mois noir.
Troisième levier, alléger le coût du travail là où il pèse le plus. La baisse massive des charges patronales jusqu’à 2 SMIC répond à un fait têtu, le coin fiscalo-social français dépasse 1,4 fois le brut au SMIC, contre 1,2 fois en Allemagne et 1,15 fois en Espagne. Sans cela, le petit commerçant qui veut embaucher un apprenti ou pérenniser un emploi fait face à un mur de coûts que ses voisins européens ne connaissent pas.
Enfin, protéger les commerces existants, c’est aussi éviter qu’ils disparaissent faute de repreneur. Plus de 500000 PME et TPE ont un dirigeant de plus de 60 ans sans successeur identifié pour plus de la moitié d’entre elles. Le plan d’accompagnement des transmissions d’entreprises, avec cartographie anticipée, bourse des reprises animée et prêts d’acquisition préférentiels, évite que la boutique de cinq générations ne s’éteigne en silence, sans casse spectaculaire mais tout aussi définitivement.
La différence est claire. Le débat de la semaine a surtout cherché un coupable. Une politique sérieuse cherche d’abord à réparer et à prévenir. Un commerçant pillé a besoin qu’on condamne les casseurs, oui, mais il a surtout besoin d’une assurance qui le relève, d’une fiscalité qui ne l’achève pas, et d’un cadre qui lui permette d’embaucher et de transmettre. Protéger ceux qui entreprennent n’est pas une faveur, c’est la condition de la vitalité de nos centres-villes et de nos territoires. La France n’a pas à choisir entre l’ordre et l’économie, elle doit tenir les deux. C’est ainsi qu’elle entraîne au lieu de subir.
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