La semaine a été marquée par la mobilisation lycéenne et les appels au blocage des établissements. Le Monde a titré sur les incertitudes de la rentrée scolaire, alors que, selon ses mots, la jeunesse mobilisée veut « maintenir la pression ». Les revendications portent sur le pouvoir d’achat et sur les conditions d’études, dans un climat social tendu. C’est un signal, et il mérite mieux qu’une lecture d’ordre public.
Il faut dire les choses sans dramatiser ni minorer. Un blocage de lycée n’est pas un programme, et la colère n’est pas une politique. Mais quand une génération manifeste son inquiétude sur ses conditions d’études, elle met le doigt, souvent mieux que les adultes, sur un système qui se fissure. Car le vrai sujet n’est pas conjoncturel. Il est structurel, et il est documenté.
Les chiffres sont têtus. La session 2025 des concours a laissé moins de 91% des postes pourvus dans le second degré public, 546 postes perdus au seul CAPES externe dont 253 en mathématiques, un poste sur quatre, et 508 postes non pourvus au concours externe de professeurs des écoles, concentrés à Créteil, Versailles, en Guyane et à Mayotte. En 2024, environ 4000 postes étaient déjà restés vacants au CRPE. Les démissions précoces ont triplé en quinze ans. Dans le même temps, la France a perdu 21 points en mathématiques dans PISA 2022, la plus forte chute jamais enregistrée pour elle, et occupe la dernière place de l’Union européenne en mathématiques en CM1 selon TIMSS 2023.
Voilà le décor réel de la rentrée. Un élève qui réclame de meilleures conditions d’études réclame, qu’il le sache ou non, un professeur devant lui, remplacé quand il est absent, correctement payé, et des programmes qui ne datent pas d’un autre monde. Sur ces trois points, le débat public reste étrangement muet. On parle de blocages, de maintien de l’ordre, de rentrée perturbée. On ne parle pas de la mécanique profonde qui produit le décrochage.
Le projet Vision France 2050 prend le problème là où il se joue vraiment, dans la salle de classe. Première brique, rendre à nouveau possible d’enseigner en France. Nous proposons de revaloriser de 20% la rémunération des enseignants sur les dix premières années de carrière, dès la première année du mandat, avec un effet dégressif ensuite. C’est en début de carrière que se jouent les recrutements et les démissions. Première tranche au 1er septembre 2027, revalorisation complète en 2029, évaluation de l’effet sur les inscriptions aux concours en 2030. Le financement est identifié, réduction des dépenses administratives hors des écoles et redéploiement du Pacte, sans aucune suppression de poste devant élèves. Ce n’est pas un vœu, c’est un calendrier avec un coût et un garde-fou.
Deuxième brique, reconstruire le vivier et garantir la présence devant les élèves. Nous proposons de sanctuariser et amplifier le pré-recrutement, basculer la formation continue hors du temps de classe, et garantir le remplacement de toute absence au-delà de 48 heures, avec publication des taux d’heures assurées établissement par établissement. L’objectif est contractuel, zéro poste non pourvu aux concours en 2030, avec des bourses d’engagement ciblées sur les académies et disciplines déficitaires. Des conditions d’études, cela commence par un cours assuré. La transparence sur les heures réellement enseignées est la meilleure réponse à qui dénonce, à juste titre, des classes sans professeur.
Troisième brique, une école qui ne change plus de réforme en réforme mais qui se met à jour en continu. Le projet veut instaurer des programmes vivants, révisés sur un cycle glissant de trois ans maximum, avec une voie rapide de douze mois pour les ruptures majeures. Le constat est accablant, le « choc des savoirs » décidé fin 2023 n’atteindra la classe de 3e qu’en 2028, soit cinq ans entre la décision et la salle de classe. Pendant ce temps, le monde ne fait pas de pause. La règle que nous proposons est simple, la vitesse pour ce qui bouge, la stabilité pour ce qui fonde. Les fondamentaux, lire, écrire, compter, le récit national, les sciences de base, sont sanctuarisés sur un cycle long de dix ans. Ce n’est pas l’instabilité permanente, c’est l’inverse, un métabolisme assumé qui protège le socle et actualise le reste.
Ce qui frappe, dans le débat tel qu’il se tient, c’est l’écart entre le registre et le réel. On traite l’école en volume d’un côté, recrutements et bâti, sans un mot sur la vitesse d’actualisation des savoirs. On la convoque de l’autre dans le registre de la transmission et de l’autorité, sans livrer le mécanisme qui ferait tenir la promesse. Et l’on dénonce la baisse du niveau sans jamais produire de doctrine opérationnelle. Chacune de ces approches touche une part du vrai. Aucune ne tient l’ensemble, du recrutement à la carrière, du remplacement garanti au programme mis à jour.
Un mouvement lycéen, c’est une alerte. La traiter sérieusement, ce n’est ni la flatter ni la réprimer, c’est répondre à ce qu’elle désigne. Une école qui recrute à nouveau, qui assure ses cours, qui enseigne un monde qui existe, voilà la réponse de fond. La France n’a pas à se résigner à décrocher. Elle a les moyens, le calendrier et les financements de redevenir une nation qui instruit sa jeunesse à la hauteur de ce qu’elle lui demandera demain. C’est cela, entraîner plutôt que subir.
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