La semaine a été rythmée par une seule séquence politique : la victoire de Raphaël Glucksmann à la primaire de la gauche sociale-démocrate. Désigné dès le premier tour avec 66,13% des voix selon L’Express, devant Olivier Faure crédité de 14,48%, le vainqueur a immédiatement posé le cadre de sa campagne. Sur son compte Bluesky, il s’est présenté comme « le candidat de la justice sociale et fiscale, de la révolution écologique, de la démocratie » et « le candidat de la rupture avec le macronisme ». Au Parisien, il a ajouté une promesse, « Non, madame Le Pen ne sera pas à l’Elysée en 2027 ».
Prenons ces mots au sérieux, car ils structurent le débat à gauche pour les mois qui viennent. Ils disent une ambition, battre l’extrême droite, relancer l’unité, rompre avec un cycle. Ils disent beaucoup sur la stratégie et sur les alliances. Ils disent, en revanche, assez peu sur le contenu. Or une élection se gagne sur une stratégie, mais un pays ne se redresse que sur des mesures. Et c’est précisément là, dans l’écart entre la posture et l’outil, que le débat public reste trop souvent vague.
Prenons un exemple que la semaine elle-même a mis sous nos yeux. Le même fil d’actualité qui annonçait la victoire de la primaire relayait un sondage OpinionWay pour Action contre la faim sur la précarité alimentaire des 18-24 ans, avec le témoignage glaçant de Léon, jeune Parisien, « Pour oublier le trou dans le ventre, je me couche tôt ou je dors plus tard ». La justice sociale, ce n’est pas un slogan de meeting. C’est une jeunesse qui décroche, matériellement et scolairement. Et le premier amortisseur social d’un pays, avant toute allocation, c’est son école.
Or sur l’école, les chiffres sont implacables. La France a perdu 21 points en mathématiques dans PISA 2022, la plus forte chute jamais enregistrée pour notre pays, et termine dernière de l’Union européenne en mathématiques en CM1 selon TIMSS 2023. Le « choc des savoirs » annoncé fin 2023 n’atteindra la classe de 3e qu’en 2028, soit cinq ans entre la décision et la salle de classe. Pendant ce temps, la session 2025 des concours a laissé moins de 91% des postes pourvus dans le second degré public, dont un poste sur quatre non pourvu au CAPES externe de mathématiques, et 508 postes vacants au concours externe de professeurs des écoles, concentrés à Créteil, Versailles, en Guyane et à Mayotte.
Voilà le vrai sujet de justice sociale. Un enfant qui n’a pas de professeur devant lui, ou qui apprend sur des programmes gelés depuis une décennie, est privé de la seule promesse républicaine qui tienne, celle de l’ascension par le mérite. Sur ce terrain, aucune des grandes familles politiques n’a produit de mécanisme opérationnel. On débat volume contre autorité, recrutements contre uniforme, mais presque jamais vitesse d’actualisation des savoirs, remplacement garanti, ou reconstruction du vivier enseignant.
C’est là que le projet Vision France 2050 du think tank coalition-nationale.fr propose autre chose qu’une intention. La première mesure consiste à instaurer des programmes scolaires révisés en continu, sur un cycle glissant de trois ans avec une voie rapide de douze mois pour les ruptures majeures. Le principe est simple, la vitesse pour ce qui bouge, la stabilité pour ce qui fonde. Les fondamentaux, lire, écrire, compter, le récit national, les sciences de base, sont sanctuarisés sur un cycle long de dix ans. Les contenus exposés aux mutations, l’intelligence artificielle, les bascules économiques, sont actualisés chaque année, avec douze mois maximum entre la décision et la classe. Fini le pipeline de cinq ans qui transforme chaque réforme en antiquité avant même d’arriver sur les bureaux des élèves.
Cette mesure n’est pas incantatoire, elle est chiffrée. Son coût de croisière est estimé entre 1,0 et 1,2 milliard d’euros par an, et son horizon de déploiement court de 2027 à 2032, régime permanent ensuite. C’est cette précision qui distingue une proposition d’une posture.
La seconde mesure attaque le mal le plus visible, la pénurie d’enseignants. Le projet propose de reconstruire le vivier enseignant par un pré-recrutement amplifié, une formation continue hors temps de classe, un remplacement garanti sous 48 heures et des carrières d’excellence dans la classe. Concrètement, cela signifie des bourses d’engagement dès la licence, ciblées sur les académies et disciplines déficitaires, contre cinq ans de service, avec un objectif contractuel, zéro poste non pourvu aux concours en 2030. Cela signifie aussi que toute absence au-delà de 48 heures est remplacée, avec publication des taux d’heures réellement assurées établissement par établissement. La transparence comme exigence, pas comme option.
Que l’on soit de gauche, du centre ou d’ailleurs, on peut reconnaître une chose. Un candidat qui promet la justice sociale sans mécanisme pour remplacer un professeur absent ou pour empêcher un programme de vieillir promet un horizon, pas un résultat. La différence entre les deux se mesure au ventre vide de Léon, au poste vacant de Créteil, aux 21 points perdus en mathématiques.
La séquence de la primaire aura donc tranché une question de personnes et d’alliances. Elle laisse intacte la question de fond, celle des outils. Le pari que porte le projet Vision France 2050 du think tank coalition-nationale.fr est que la France n’a pas besoin de choisir entre ambition et faisabilité, qu’elle peut assumer un cap exigeant tout en nommant les coûts, les calendriers et les garde-fous. Une nation ne se redresse pas en se cherchant un visage pour 2027, elle se redresse en réparant, dès aujourd’hui, la machine qui fabrique ses citoyens. La France n’a pas vocation à attendre un sauveur. Elle a les moyens de se donner une méthode.
Commentaires et débats
Connectez-vous pour commenter.
Soyez le premier à ouvrir un débat, à contribuer et à commenter.