Tribune · 27 septembre 2026

Le RN entre au Sénat, la vraie question reste sans réponse

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Les sénatoriales de 2026 resteront comme un basculement. Pour la première fois de son histoire, le Rassemblement National dispose des effectifs nécessaires pour constituer un groupe au Sénat, avec l’appui de l’UDR. Jordan Bardella s’en est félicité en soulignant qu’il s’agit d’une première « pour la première fois de son histoire », tandis que Marine Le Pen y a vu, selon l’AFP, « une victoire historique et une étape majeure » à moins de sept mois de la présidentielle. Public Sénat parle d’un « coup d’accélérateur pour la présidentielle ».

Le scrutin, minutieusement suivi département par département, confirme une recomposition profonde. Dans le Var, le RN obtient 30% et deux sièges quand la gauche ne dépasse pas 10%. Dans l’Hérault, l’émiettement élimine LR. Dans le Gard, droite, PS et RN se partagent un siège chacun. À gauche, les récits divergent selon les alliances : en Seine-Maritime comme dans le Doubs, plusieurs observateurs relèvent que l’union aurait sécurisé davantage de sièges là où la division les a dispersés. À droite, Bruno Retailleau est réélu en Vendée. Le tableau est celui d’une droitisation du paysage et d’une gauche qui paie ses fractures.

Voilà pour les faits, et ils comptent. Mais un constat s’impose une fois le décompte terminé : ce débat porte sur la répartition du pouvoir, presque jamais sur l’usage qu’on en ferait. On mesure qui monte et qui recule. On ne dit pas ce que la France déciderait autrement le lendemain. Or c’est précisément là que se joue l’avenir du pays. Une reconfiguration politique n’a de sens que si elle sert un projet. Sans cela, elle n’est qu’un changement d’occupants dans une maison dont personne ne rénove les fondations.

La percée d’une formation dite souverainiste devrait au moins forcer une clarification : que signifie reprendre la main ? Trop souvent, le débat oscille entre deux postures également stériles. D’un côté, un fédéralisme qui dissout progressivement la décision nationale dans un ensemble qu’aucun peuple ne contrôle vraiment. De l’autre, une promesse de rupture brutale qui isolerait et appauvrirait le pays du jour au lendemain. Entre les deux, le silence sur la méthode.

C’est ce vide que le projet Vision France 2050 du think tank coalition-nationale.fr cherche à combler avec sa doctrine de reprise de souveraineté graduée. Le constat de départ est sans complaisance : depuis quarante ans, la souveraineté française a été transférée par petits pas, sans vote clair, par extension jurisprudentielle de la primauté du droit européen bien au-delà des traités, par une monnaie unique sans pilotage national, par un cadre budgétaire contraignant et une surproduction normative. La réponse proposée n’est ni le renoncement ni le claquage de porte. C’est une reprise de contrôle domaine par domaine, selon un calendrier public, avec des principes opérationnels clairs : dans les champs régaliens, sécurité, frontières, identité, justice pénale, la décision française prime, protégée par un bouclier constitutionnel. Ailleurs, défense, énergie, industrie, recherche, la coopération reste intense parce qu’elle sert l’intérêt du pays. Souveraineté d’abord, coopération choisie ensuite.

La différence avec les postures qui dominent la campagne est de nature, pas de degré. Une posture affirme un cap sans dire par où l’on passe. Une doctrine dit dans quel ordre, avec quelles garanties juridiques, et à quel rythme. C’est la seule manière de tenir à la fois la promesse de souveraineté et l’exigence de faisabilité. La France entraîne, elle ne suit pas, mais elle ne le fait pas en improvisant.

Cette exigence de faisabilité, on peut la vérifier ailleurs, sur un terrain plus concret encore. Prenons l’aménagement de nos littoraux, sujet dont on parle peu mais qui engage des décennies. Le projet propose de créer un statut juridique dédié aux zones d’extension maritime stratégique. Là encore, ce n’est pas une intention, c’est un dispositif. Un statut dérogatoire encadré à la loi Littoral, un périmètre à mixité fonctionnelle obligatoire combinant au moins trois usages parmi tourisme, ports, énergies marines, recherche, une autorité unique de gestion, une exonération fiscale sur quinze ans pour les implantations conformes, des dérogations procédurales assorties de garde-fous, et une enveloppe chiffrée de 80 millions d’euros d’études préliminaires pour douze à quinze sites cibles. On peut discuter chaque paramètre. On ne peut pas dire qu’il s’agit d’un slogan.

Voilà ce que la semaine met en lumière par contraste. La classe politique a débattu de qui gagne. Le pays, lui, attend qu’on lui dise ce qu’on va faire. Un groupe au Sénat est un instrument, pas un projet. Une majorité est un moyen, pas une fin. Ce qui manque au débat français, ce ne sont pas les vainqueurs, ce sont les décisions clairement énoncées, chiffrées, calendaires, opposables.

La vraie recomposition ne sera pas celle des sièges. Elle viendra le jour où l’on cessera de mesurer les forces pour commencer à mesurer les résultats. Une nation ne se redresse pas en changeant de majorité, elle se redresse en décidant enfin de ce qu’elle veut être, et en s’en donnant les moyens juridiques et financiers. Le pouvoir se conquiert. La souveraineté, elle, se pilote.

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