Tribune · 20 septembre 2026

La sécurité n’est pas un permis, c’est un contrat entre l’État et les citoyens

Actualité

La semaine a été marquée par des cortèges à Paris et des affrontements nocturnes, notamment à Saint-Pierre-des-Corps. Le motif : un projet de loi élargissant la présomption d’usage des armes pour les policiers et gendarmes. Les organisateurs et une partie de la gauche y voient un « permis de tuer ». Sur son fil, L’Humanité résume la défiance en une phrase attribuée à des manifestants : « La police trouve toujours le moyen de détourner les choses en sa faveur. » De l’autre côté du débat, les partisans du texte invoquent la protection des agents face à une violence croissante.

Deux camps, deux slogans, un même angle mort. Car ce débat oppose en réalité deux peurs légitimes : celle du citoyen qui redoute l’arbitraire d’une force publique moins encadrée, et celle de l’agent qui redoute d’être poursuivi pour avoir fait son métier. Réduire la première à un fantasme sécuritaire ou la seconde à un « permis de tuer » ne règle rien. Cela transforme une question de règles, donc de droit, en affrontement d’appartenances.

Le problème n’est pas la présomption, c’est l’absence de doctrine. Quand un pays débat de savoir dans quelles conditions un agent peut faire feu, c’est souvent parce qu’il a renoncé, en amont, à tout le reste : la présence tenue sur le terrain, la formation, la protection juridique claire, la certitude de la sanction pour l’agresseur comme le respect dû au citoyen. On légifère sur la gâchette faute d’avoir pensé la chaîne entière. Le résultat est prévisible : un texte symbolique qui rassure les uns, inquiète les autres, et ne modifie ni le nombre d’agressions, ni le sentiment d’abandon dans les quartiers.

Le projet Vision France 2050 du think tank coalition-nationale.fr part d’un constat vérifiable plutôt que d’un slogan. Les agressions contre les forces de l’ordre ne sont pas une impression : on recense environ 36000 actes de violence contre policiers et gendarmes en 2024, en hausse de 24% sur cinq ans, plus de 4000 agressions annuelles de pompiers, plus de 800 cas visant des enseignants en mission. Face à cela, la réponse proposée n’est pas d’élargir la présomption d’usage des armes, mais de renforcer la protection juridique des agents par des peines aggravées pour toute agression contre un représentant de l’autorité, une anonymisation procédurale étendue et la sécurisation des domiciles personnels. La différence est essentielle : on ne déplace pas le curseur du droit de tuer, on frappe l’agresseur et on protège l’agent. C’est plus juste et plus efficace, car cela vise le coupable, pas l’incertitude.

Une force publique respectée suppose une justice qui tient ses promesses. Le doute du citoyen sur la police se nourrit aussi de son doute sur l’ensemble de l’institution : à quoi bon débattre du feu policier si l’agresseur récidiviste ressort avant la fin de sa peine ? Les chiffres sont têtus : 60% des condamnés pour violences graves récidivent dans les cinq ans, 75% pour les vols avec violence. C’est pourquoi le projet propose d’appliquer la tolérance zéro pour les récidivistes de violences graves, en supprimant les remises de peine automatiques, non pour supprimer tout aménagement, mais pour les conditionner à des éléments objectifs et documentés, évalués par une commission, avec décision motivée écrite et susceptible de recours. On remarquera le garde-fou : ici, la sévérité passe par plus de motivation et plus de contrôle, pas par moins de droit. C’est exactement l’inverse d’un « permis » distribué à l’aveugle.

Enfin, la vraie insécurité, celle qui alimente autant la peur des habitants que la brutalisation du rapport à la police, se joue dans les territoires abandonnés. Les opérations « coup de poing » y produisent des effets de courte durée : dès le départ des renforts, les trafics se reconstituent. Le projet propose une reconquête républicaine durable des territoires perdus, adossée à un continuum de sécurité coordonné entre État, police municipale renforcée et sécurité privée encadrée, assortie d’un retour simultané des services publics. Le point décisif est là : la présence policière ne suffit pas si elle n’est pas suivie du reste de la République. Sécurité et service public reviennent ensemble, ou ils ne reviennent pas.

On mesure alors le décalage. Le débat de la semaine s’est cristallisé sur un mot, « permis de tuer », qui dit tout de l’émotion et rien de la méthode. La question posée aux décideurs n’est pas « pour ou contre la police » : c’est « avec quelles règles, quels moyens, quels garde-fous, quel calendrier ». Un pays sérieux ne choisit pas entre protéger ses agents et protéger ses citoyens. Il refuse ce faux dilemme.

La sécurité n’est pas un droit accordé à l’un contre l’autre. C’est un contrat : l’État protège ceux qui le servent, sanctionne fermement ceux qui agressent, et garantit à chaque citoyen que la force publique reste encadrée par le droit. Ce contrat ne se décrète pas dans un slogan. Il se construit mesure par mesure, chiffre par chiffre, garde-fou par garde-fou. C’est cette exigence-là, patiente et vérifiable, qui rend une nation capable de se protéger sans jamais avoir à choisir entre son ordre et sa liberté.

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