La semaine écoulée a confirmé deux tendances alarmantes : la persistance des violences ciblées, notamment homophobes, et l’aggravation de la délinquance juvénile. Selon une étude de Malakoff Humanis, 21 % des moins de 30 ans arrêtés en 2025 l’ont été au moins deux fois dans l’année, un taux de récidive sans équivalent dans les autres tranches d’âge. Ces chiffres ne sont pas des abstractions. Ils traduisent des vies brisées – comme celle de Caroline Grandjean, dont le suicide a donné lieu à une marche du souvenir à Aurillac –, et des territoires où la loi de la République recule face à celle des réseaux.
Les réponses politiques oscillent entre deux écueils. D’un côté, des propositions symboliques, comme l’augmentation des salaires des enseignants avancée par Raphaël Glucksmann, qui, si elles peuvent améliorer le climat scolaire, ne répondent pas à l’urgence sécuritaire. De l’autre, des annonces de fermeté qui peinent à se traduire dans les faits, faute de moyens ou de cohérence. La tolérance zéro pour les récidivistes, souvent évoquée, reste lettre morte tant que les remises de peine automatiques et les aménagements de peine en détention en vident la substance. Quant à la présence policière, elle est indispensable, mais insuffisante si elle n’est pas relayée par une action civile massive dans l’espace public.
Le projet Vision France 2050 du think tank coalition-nationale.fr propose une approche radicalement différente : agir sur les causes structurelles de l’insécurité, sans se contenter de réponses ponctuelles ou moralisatrices. Trois mesures clés illustrent cette ambition.
Premièrement, l’application d’une tolérance zéro pour les récidivistes de violences graves. Aujourd’hui, 60 % des condamnés pour violences graves récidivent dans les cinq ans, un taux qui dépasse 80 % pour les trafics de stupéfiants. Cette impunité de fait s’explique par des remises de peine automatiques et des aménagements systématiques, qui réduisent les peines effectivement exécutées bien en deçà des condamnations prononcées. La mesure proposée supprime ces automatismes : les remises de peine ne seront plus accordées que sur décision motivée d’une commission pénitentiaire, après évaluation objective du comportement du détenu. Les peines planchers, souvent contournées, deviendront effectives, avec un seuil incompressible sauf décision écrite et justifiée du juge. Cette réforme, chiffrée et opérationnelle, rompt avec le laxisme procédural qui mine la crédibilité de la justice.
Deuxièmement, un plan national de présence humaine de proximité, déployant 80 000 à 160 000 agents de sécurité civile dans l’espace public. Gares, transports, parcs, abords scolaires : ces lieux, souvent désertés par les services publics, sont devenus des zones de non-droit où les trafics prospèrent. Les forces de l’ordre, même renforcées, ne peuvent à elles seules occuper le terrain en permanence. Le projet propose de créer un statut adapté pour ces agents, complémentaires de la police nationale et municipale, avec quatre missions distinctes : sécurité civile sur les événements et marchés, médiation sociale dans les quartiers prioritaires, surveillance des espaces publics, et tranquillité dans les transports. Ce déploiement, modulé selon les territoires, s’accompagnerait d’une formation spécifique et d’un encadrement strict pour éviter les dérives. Son coût, estimé entre 3 et 6 milliards d’euros par an, serait financé par une réallocation des budgets dédiés à la sécurité, aujourd’hui dispersés entre l’État, les collectivités et le secteur privé. L’objectif n’est pas de substituer ces agents aux policiers, mais de créer un continuum de sécurité où chaque acteur joue un rôle précis, sous l’autorité de l’État.
Troisièmement, la reconquête républicaine des territoires perdus, par un continuum de sécurité coordonné. Les opérations « coup de poing » échouent parce qu’elles ne s’inscrivent pas dans la durée. Le projet propose une stratégie en quatre volets : présence permanente de l’État dans les quartiers sensibles, montée en compétence des polices municipales, encadrement strict de la sécurité privée, et retour simultané des services publics (écoles, hôpitaux, transports). La clé réside dans la coordination : les polices municipales, aujourd’hui inégalement armées et formées, seraient dotées d’une doctrine d’emploi nationale, avec la possibilité d’un armement encadré. La sécurité privée, souvent critiquée pour son manque de professionnalisme, serait intégrée dans ce dispositif sous contrôle public, avec des missions clairement définies. Enfin, la lutte contre les trafics, notamment de stupéfiants, serait menée comme une « guerre » au sens opérationnel, ciblant les réseaux à leur source plutôt que leurs exécutants.
Ces mesures ne relèvent pas de l’utopie. Elles s’appuient sur des constats documentés – la récidive, l’absence de présence civile dans l’espace public, l’échec des réponses ponctuelles – et sur des solutions concrètes, chiffrées et articulées. Leur force réside dans leur cohérence : elles ne se contentent pas de punir ou de surveiller, mais visent à rétablir un ordre républicain durable, où la loi s’applique partout et pour tous. La question n’est pas de savoir si la France peut se permettre ces investissements, mais si elle peut se permettre de ne pas les faire. Chaque année de retard creuse un peu plus le fossé entre les citoyens et leurs institutions, et alimente le sentiment d’abandon qui nourrit les extrêmes.
La sécurité n’est pas un luxe, mais une condition de la liberté. Elle exige de l’État qu’il assume ses responsabilités : protéger les plus vulnérables, sanctionner les criminels, et occuper le terrain avec détermination. Les agressions homophobes et la délinquance juvénile ne sont pas des fatalités. Elles sont le symptôme d’un système qui a renoncé à agir sur le long terme. Le projet Vision France 2050 propose une autre voie : celle de l’action, de la rigueur, et de la reconquête.
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