Piste pragmatique

Subsidiarité active européenne

L'Europe qui agit où elle est utile — réduire de 30 % le stock réglementaire en 5 ans

Le rapport Draghi (2024) a documenté ce que tout le monde sait : la sur-régulation européenne est un frein majeur à la compétitivité. La Suède, les Pays-Bas, l’Allemagne mesurent et publient leur stock réglementaire. La France ne le fait pas. La Commission européenne empile des normes que les États n’arrivent plus à transposer intelligemment, et que les entreprises subissent passivement.

Le débat européen 2027 oppose les « sortonsoflexitons » (RN, Reconquête, LFI de fait) et les « plus d’Europe » (Philippe, Glucksmann, Attal). Aucun ne formule la troisième voie : une Europe forte sur ses missions essentielles, allégée sur le reste.

Coalition Nationale propose la doctrine de subsidiarité active : revue domaine par domaine de la répartition des compétences UE/États, simplification de l’acquis communautaire, suppression de 30 % du stock réglementaire en cinq ans. Position alignée Villepin-compatible, pragmatique, ni anti-européenne ni fédéraliste candide.

C’est éprouvé. C’est transposable. C’est différenciant.

Ce que disent les modèles internationaux

Panel pluriel — 5 pays étudiés, pour neutraliser toute lecture unidimensionnelle.

Allemagne

Bundesverfassungsgericht — jurisprudence constante sur la subsidiarité

Le tribunal constitutionnel allemand impose depuis Lisbonne (2009) un contrôle constitutionnel renforcé sur les actes européens. Jurisprudence Lissabon-Urteil, OMT, PSPP. Modèle d'État membre actif sur le contrôle constitutionnel de la subsidiarité, sans sortie de l'UE — au contraire, l'Allemagne reste profondément européenne tout en tenant ce rôle de gardien constitutionnel.

Pays-Bas

Doctrine « better regulation » et Standard Cost Model

Les Pays-Bas pratiquent depuis 2003 le SCM (Standard Cost Model), outil de mesure unifié du coût administratif des réglementations. Audit annuel public. Cible de réduction du stock réglementaire de 25 % atteinte sur la décennie 2003-2013. Modèle exporté en Allemagne, Royaume-Uni (avant Brexit) et Danemark.

Italie (rapport Draghi, 2024)

Document fédéral européen pour la compétitivité

Le rapport Draghi commandé par la Commission européenne (publié septembre 2024) documente la sur-régulation comme frein structurel à la compétitivité européenne. Recommandation : approche « competitiveness-by-design » dans toute nouvelle législation. C'est une porte d'entrée institutionnelle pour la doctrine de subsidiarité active.

Suède

Active subsidiarity policy depuis 2010

La Suède a développé une politique active de contrôle de la subsidiarité européenne via son Riksdag, qui produit régulièrement des avis motivés sur les textes européens. Modèle de contrôle parlementaire national fortement coordonné avec le gouvernement, qui inspire la composante 4 de PP44.

Pologne

Réorientation européenne du gouvernement Tusk

Depuis le retour de Donald Tusk fin 2023, la Pologne pratique un pragmatisme européen actif : pleine participation aux mécanismes UE, mais positions affirmées sur les domaines où la subsidiarité doit jouer (énergie, agriculture, défense). Allié potentiel pour la coalition de subsidiarité active.

Mise en œuvre française

Quatre composantes

1. Revue Lisbonne+ de la répartition des compétences (M23.18). Lancement par la France au Conseil européen d’une revue domaine par domaine. Méthode : pour chaque domaine de compétence partagée, audit indépendant de la valeur ajoutée européenne, examen des exemples étrangers (États fédéraux : USA, Canada, Allemagne, Suisse) sur le partage subsidiaire. Clarification publique : où l’Europe agit-elle pertinemment ? Où peut-elle se retirer ?

2. Mesure du stock réglementaire (Standard Cost Model). Adoption du SCM néerlandais comme outil de mesure unifié des coûts administratifs et réglementaires européens. Publication semestrielle d’un tableau de bord. Cible : -30 % du stock en 5 ans, mesurée objectivement.

3. Test de subsidiarité opposable (M23.18). Pour toute nouvelle directive ou règlement, étude d’impact obligatoire incluant un test de subsidiarité argumenté. Si insuffisant, opposition systématique de la France au Conseil. Coordination avec Pays-Bas, Allemagne, Suède, Pologne, Italie pour majorité de blocage si nécessaire.

4. Contrôle parlementaire national renforcé. Renforcement des commissions des affaires européennes Assemblée + Sénat. Avis motivé systématique sur tout texte européen. Mécanisme du « carton jaune subsidiarité » du protocole 2 du TFUE pleinement utilisé (la France ne l’utilise quasiment jamais).

Domaines prioritaires de revue

L’Europe doit rester puissante sur : marché intérieur (libre circulation, concurrence), défense commune (M23.19), politique commerciale (clauses miroirs, CBAM), climat global, recherche et innovation, contrôle des frontières externes, régulation numérique systémique (DSA, DMA, AI Act, GDPR).

L’Europe doit lâcher du lest sur : normes agricoles fines, régulations sectorielles ultra-détaillées, harmonisation excessive du droit social (laissée à la subsidiarité nationale), gouvernance économique micro-budgétaire (remplacée par le frein à la dette national, PP42).

Articulation avec le programme

Garde-fous, risques, critiques anticipées

« C’est de l’euroscepticisme déguisé. » Faux. La doctrine renforce l’Europe sur ses missions essentielles (défense, marché intérieur, climat, régulation numérique). Elle ne propose ni Frexit ni dérogation. Le rapport Draghi (2024), document fédéral européen par excellence, recommande lui-même de réduire la sur-régulation. La subsidiarité active est le complément naturel d’une Europe ambitieuse, pas son contraire.

« On va casser l’acquis communautaire. » Inexact. La revue est négociée au Conseil, pas unilatérale. Elle nécessite majorité qualifiée. Le RGPD, le DSA, le DMA, l’AI Act ne sont pas dans le périmètre — ce sont des avancées de souveraineté numérique européenne. Le périmètre est sur les normes secondaires sectorielles et la sur-réglementation administrative documentée par Draghi.

« La France n’a pas les alliés pour ça. » Inexact. Pays-Bas (better regulation depuis 15 ans), Allemagne (BVerfG actif sur subsidiarité, débat sur compétitivité 2024-2025), Suède, Italie (Draghi 2024), Pologne (pragmatisme post-2023) sont alignés sur cette doctrine. Coalition Nationale propose à la France de structurer cette coalition.

Différenciation politique

Vis-à-vis de La France Insoumise

L'Avenir en Commun propose la « désobéissance européenne » et conteste l'ordre juridique européen. La subsidiarité active joue dans les règles institutionnelles européennes pour les modifier de l'intérieur, ce qui est plus efficace politiquement et plus crédible juridiquement.

Vis-à-vis de La France Humaniste — Villepin

Villepin défend une Europe-puissance forte mais sans articuler concrètement la doctrine de subsidiarité active. Coalition Nationale fournit l'outil opérationnel.

Vis-à-vis de Rassemblement National

Le RN oscille entre Frexit implicite et alliances européennes opportunistes (ECR, ID). La subsidiarité active est une doctrine européenne pro-européenne qui s'oppose frontalement à la sortie tout en exigeant la réforme. Position non substituable.

Vis-à-vis de Renaissance

Macron-Philippe-Attal défendent l'Europe sans articuler la critique substantive de sa sur-régulation. La subsidiarité active permet de pousser la réforme européenne sans tomber dans l'antagonisme de principe.

Cinq affirmations à retenir

  1. 1

    Quatre instruments coordonnés : revue Lisbonne+, SCM mesure du stock, test de subsidiarité opposable, contrôle parlementaire national renforcé.

  2. 2

    Cible : -30 % du stock réglementaire européen en 5 ans, mesurée objectivement par le SCM néerlandais.

  3. 3

    L'Europe forte sur l'essentiel (marché intérieur, défense, climat, régulation numérique systémique), allégée sur le secondaire.

  4. 4

    Coalition européenne réaliste : Allemagne, Pays-Bas, Italie, Suède, Pologne. La France peut structurer la voie médiane.

  5. 5

    Articulé avec préférence européenne armement (M23.19), Pacte migratoire effectif (M23.20), élargissement maîtrisé (M23.21) et frein à la dette national (PP42).

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