L’industrie ne pèse plus que 10 % du PIB français. En Allemagne, c’est 22 %. La France a perdu 2,5 millions d’emplois industriels depuis 1980 — un emploi sur deux dans le secteur. Cette saignée n’est pas une fatalité historique : la Pologne, partie de plus loin que nous il y a trente ans, est passée de 18 % à 23 % d’industrie dans son PIB sur la même période. La désindustrialisation française est un choix collectif silencieux, accumulé décennie après décennie. Elle se déchoisit.
Coalition Nationale acte un objectif clair : 20 % du PIB industriel d’ici 2040. Un million d’emplois industriels nets à recréer. Et un instrument central, opérationnel dès 2027 : les Zones Économiques Spéciales — 30 territoires en 2030, 60 en 2040.
Une ZES n’est ni un paradis fiscal ni une enclave hors-sol. C’est un périmètre géographique limité — friche industrielle, port, métropole reconvertie — qui bénéficie pour une durée déterminée d’un régime fiscal simplifié, d’autorisations accélérées, d’infrastructures dédiées et d’un guichet unique d’immigration choisie. Le principe : on lève les frottements administratifs et fiscaux là où l’on veut produire, et seulement là, pour le temps nécessaire à amorcer la machine. Ailleurs, le droit commun continue de s’appliquer.
C’est éprouvé. C’est transposable. C’est différenciant.
Ce que disent les modèles internationaux
Panel pluriel — 7 pays étudiés, pour neutraliser toute lecture unidimensionnelle.
Pologne
la démonstration la plus claire
Les Specjalne Strefy Ekonomiczne (SSE) polonaises ont été créées en 1994, après l'effondrement du tissu industriel hérité du communisme. Quatorze zones, étalées sur l'ensemble du territoire, ont attiré sur 25 ans environ 140 milliards d'euros d'investissements industriels et créé près de 450 000 emplois directs et indirects. La Banque mondiale a estimé l'effet sur la croissance du PIB polonais à environ +0,8 point cumulé sur 20 ans — c'est colossal pour un dispositif sectoriel. Le ministère polonais des Finances a constaté que le dispositif fonctionnait au-delà de ses zones initiales : en 2018, la Pologne a élargi le régime à l'ensemble du territoire sous le nom de Polska Strefa Inwestycji, accordant désormais l'aide fiscale au cas par cas selon le projet, et non plus selon la localisation. Le modèle a été étendu parce qu'il marchait, pas refermé parce qu'il dérapait.
Inde
l'échelle continentale
L'Indian SEZ Act de 2005 a créé un cadre national pour les zones franches industrielles. Aujourd'hui, environ 270 SEZ sont opérationnelles en Inde, et elles concentrent près de 28 % des exportations du pays — pour environ 1 % du territoire. Les secteurs phares : services informatiques (Bangalore, Hyderabad), pharmacie (Vizag), textile, raffineries pétrochimiques. L'expérience indienne montre les limites d'un modèle trop généreux : certaines SEZ sont devenues des dispositifs d'évitement fiscal sans contrepartie de création d'emplois locaux. C'est précisément ce qu'il faut éviter, et c'est pourquoi le régime français devra être conditionné à des engagements vérifiables (effectifs, R&D, ancrage local).
Royaume-Uni
le retour récent
Après le Brexit, le Royaume-Uni a relancé en 2021 huit Freeports : Liverpool, Plymouth, Solent, Thames, Humber, Teesside, East Midlands Airport, Felixstowe-Harwich. En 2023, le dispositif a été doublé par les Investment Zones, ciblées sur la R&D et les industries vertes. Plus récent que les modèles polonais ou indien, le bilan britannique est partiel mais encourageant : 14 milliards de livres d'investissements engagés à fin 2024 selon le Department for Business and Trade, dont une part significative en chimie verte sur Teesside et en hubs portuaires sur Liverpool. L'enseignement britannique est surtout politique : le dispositif a été lancé à un rythme accéléré, avec une gouvernance déconcentrée aux autorités locales. La France peut s'en inspirer pour la rapidité de déploiement, condition sine qua non de l'effet d'amorçage.
États-Unis
l'effet attractif sur le foncier dégradé
Les Opportunity Zones créées par le Tax Cuts and Jobs Act de 2017 sont structurellement différentes : elles n'allègent pas l'impôt sur les sociétés, mais offrent un report et une exonération partielle de la plus-value sur les capitaux investis dans des zones précisément cartographiées (8 760 census tracts à bas revenus). Selon la Brookings Institution et le JCT, environ 75 milliards de dollars ont été drainés vers ces zones entre 2018 et 2023, avec un effet net réel sur les investissements résidentiels et commerciaux dans une centaine de comtés. L'enseignement américain : un dispositif fiscalement simple, mécanique, prévisible peut mobiliser des capitaux privés à grande échelle, sans subvention budgétaire directe. C'est cette logique de levier privé que Coalition Nationale veut articuler avec les ZES françaises, en complément des incitations classiques.
Irlande
l'origine du modèle
La zone franche de Shannon, ouverte en 1959 autour de l'aéroport, est la première zone franche moderne au monde : incitations fiscales, douane simplifiée et guichet dédié pour attirer les multinationales. C'est elle qui a essaimé partout — y compris en Chine, où une délégation conduite par le futur président Jiang Zemin vint suivre en 1980 un stage de trois semaines avant de créer Shenzhen. La France a là le rappel que le dispositif qu'elle hésite à adopter a soixante-cinq ans d'antériorité européenne.
Chine
le changement d'échelle
Calquée sur Shannon, la zone économique spéciale de Shenzhen est ouverte en 1980 : d'un bourg de quelques dizaines de milliers d'habitants, elle est devenue en une génération une métropole de plus de dix millions d'habitants et l'archétype mondial de la ZES. L'enseignement n'est pas la démesure chinoise mais la méthode : tester des règles dérogatoires sur un périmètre borné, puis étendre ce qui marche.
Émirats arabes unis
la logistique comme levier
Dubaï a fait de ses zones franches un pilier de sa diversification : la Jebel Ali Free Zone (JAFZA), lancée en 1985 autour de l'un des plus grands ports artificiels du monde, puis le DMCC, hébergent des dizaines de milliers d'entreprises grâce à une fiscalité dédiée, une douane fluide et des guichets uniques. Le levier décisif y est l'intégration zone-port-aéroport, directement transposable aux façades maritimes françaises.
Mise en œuvre française
Six typologies françaises — un outil par mission
Coalition Nationale acte six typologies de ZES, chacune correspondant à une mission stratégique. Il ne s’agit pas de saupoudrer 60 zones identiques sur le territoire : il s’agit d’outils différenciés.
| Typologie | Mission | Exemples de territoires candidats |
|---|---|---|
| ZES-T Technologique | IA, semi-conducteurs, biotech, quantique | Saclay-Évry, Grenoble, Sophia-Antipolis, Toulouse-Labège |
| ZES-S Souveraineté | Médicaments essentiels, terres rares, défense, énergie | Vallée de la chimie lyonnaise, Roussillon, Cherbourg, Le Creusot |
| ZES-L Logistique | Ports, aéroports, plateformes multimodales | Le Havre-Rouen-Paris, Marseille-Fos, Dunkerque, Saint-Nazaire |
| ZES-F Financière | Gestion d’actifs européens, fintech, marchés carbone | La Défense, Nice-Sophia, Lyon Confluence |
| ZES-C Culture & créativité | Cinéma, jeu vidéo, mode, gastronomie | Saint-Denis-Plaine, Annecy, Roubaix, Cognac |
| ZES-R Revitalisation | Friches industrielles, bassins en reconversion | Bassin minier Hauts-de-France, Lorraine sidérurgique, Saint-Étienne, Maubeuge |
Chaque typologie active un cocktail différent d’incitations. Une ZES-T combinera fiscalité IS allégée, visa Talent IA accéléré, infrastructures de calcul mutualisées. Une ZES-S privilégiera des contrats d’achat publics garantis et un soutien direct du Fonds Souverain France volet souveraineté. Une ZES-R déclenchera l’articulation avec la doctrine ZRT (prise en charge des coûts d’exploitation des commerces de proximité) et avec le SAP+ pour les services à la personne. Le tout est paramétrable par décret zone par zone, dans la limite d’un cadre législatif national unifié.
Comment ça marche concrètement
Fiscalité. Impôt sur les sociétés à 10 % les cinq premières années, 15 % les cinq suivantes, retour au taux commun à dix ans (sunset). CFE et CVAE remplacées par une cotisation unique simplifiée. Crédit d’impôt R&D doublé pour les ZES-T et ZES-S. Pour les ZES-R, exonération totale d’IS pendant sept ans pour les entreprises créant au moins dix emplois locaux.
Immigration choisie. Visa Talent ZES délivré sous 30 jours par le guichet unique consulaire, valable cinq ans renouvelables, ouvert à tout salarié titulaire d’une offre d’emploi qualifiée dans la zone. Quotas annuels par ZES votés au Parlement chaque année. Inspiration directe : le système coréen de visa K-MOVE et le visa Talent canadien.
Autorisations accélérées. Permis de construire industriels traités en 6 mois maximum, contre 18 à 36 mois actuellement. Procédure de débat public conservée mais resserrée. Recours juridictionnels concentrés en une instance unique. ICPE allégée pour les classements compatibles avec la nature de la zone.
Infrastructures dédiées. Raccordement électrique haute puissance garanti à 18 mois maximum, fibre 10 Gbit/s, accès logistique route-fer-eau prioritaire, zones logements abordables conventionnées avec bailleurs sociaux locaux pour les ouvriers et techniciens recrutés.
Guichet unique. Une seule administration de mission par ZES, dotée de la signature du préfet de région et reportant directement au Premier ministre. Toutes les administrations classiques (URSSAF, fisc, douanes, inspection du travail, ARS, DREAL) y sont représentées et coordonnées. Délai cible de réponse à toute demande d’entreprise : 15 jours ouvrés.
Coût et calendrier
Coût budgétaire net estimé à 2,8 milliards € par an à régime de croisière (60 ZES en 2040), correspondant aux dépenses fiscales nettes (IS allégé, crédits d’impôt R&D, exonérations sociales ciblées). C’est un investissement, pas une dépense : les retours fiscaux générés par l’activité supplémentaire (TVA, IR sur les emplois créés, IS au taux normal après dix ans) sont estimés par l’analyse Coalition Nationale à environ 3,5 milliards € par an à terme, soit un retour net positif sur cycle de quinze ans.
Calendrier :
- 2027 — Loi-cadre ZES votée dans les six premiers mois du quinquennat. Notification à la Commission européenne. Sélection des 10 premières zones par appel à projets territorial.
- 2028-2029 — Déploiement de 20 ZES supplémentaires (cible 30 zones opérationnelles en 2030).
- 2030-2040 — Montée en charge progressive vers 60 zones, en privilégiant les ZES-S et ZES-R selon l’évolution de la conjoncture industrielle.
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